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MÉMOIRES D’OUTRE-TOMBE

trop grande encore et que vous avez réduite en courant à la longueur d’une épée.

J’envie ceux qui sont partis avant moi : comme les soldats de César à Brindes, du haut des rochers du rivage je jette ma vue sur la haute mer et je regarde vers l’Épire si je ne vois point revenir les vaisseaux qui ont passé les premières légions, pour m’enlever à mon tour.

Après avoir relu ceci en 1839, j’ajouterai qu’ayant visité, en 1837, la sépulture de M. Carrel, je la trouvai fort négligée, mais je vis une croix de bois noir qu’avait plantée auprès du mort sa sœur Nathalie. Je payai à Vaudran le fossoyeur, dix-huit francs qui restaient dus pour des treillages ; je lui recommandai d’avoir soin de la fosse, d’y semer du gazon et d’y entretenir des fleurs. À chaque changement de saison, je me rends à Saint-Mandé pour m’acquitter de ma redevance et m’assurer que mes intentions ont été fidèlement remplies[1].

Prêt à terminer mes recueils et faisant la revue autour de moi, j’aperçois des femmes que j’ai involontairement oubliées ; anges groupés au bas de mon

  1. Reçu du fossoyeur. « J’ai reçu de M. de Chateaubriand la somme de dix-huit francs qui restait due pour le treillage qui entoure la tombe de M. Armand Carrel.

    « Saint-Mandé, ce 21 juin, 1838.

    « Pour acquit : Vaudran ».

    « Reçu de M. de Chateaubriand la somme de vingt francs pour l’entretien du tombeau de M. Carrel à Saint-Mandé.

    « Paris, ce 28 septembre 1839.

    « Pour acquit : Vaudran ».

    (Note de Chateaubriand.)