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MÉMOIRES D’OUTRE-TOMBE

duit ce dernier effet. Sa façon de dire est naturelle ; elle a laissé le jargon gaulois à ceux qui croient se rajeunir en se cachant dans les casaques de nos aïeux. Favorinus disait à un Romain qui affectait le latin des douze Tables : « Vous voulez converser avec la mère d’Évandre. »

Puisque je viens de toucher à l’antiquité, je dirai quelques mots des femmes de ses peuples en redescendant l’échelle jusqu’à notre temps. Les femmes grecques ont quelquefois célébré la philosophie ; le plus souvent elles ont suivi une autre divinité : Sapho est demeurée l’immortelle sibylle de Gnide ; on ne sait plus guère ce qu’a fait Corinne après avoir vaincu Pindare ; Aspasie avait enseigné Vénus à Socrate :

« Socrate, sois docile à mes leçons. Remplis-toi de l’enthousiasme poétique : c’est par son charme puissant que tu sauras attacher l’objet que tu aimes ; c’est au son de la lyre que tu l’enchaîneras, en portant jusqu’à son cœur, par son oreille, l’image achevée de la passion. »

Le souffle de la Muse passant sur les femmes romaines sans les inspirer vint animer la nation de Clovis, encore au berceau. La langue d’Oyl eut Marie de France ; la langue d’Oc la dame de Die, laquelle, dans son chastel de Vaucluse, se plaignait d’un ami cruel.

« Voudrois connaître, mon gent et bel ami, pourquoi m’êtes tant cruel et tant sauvage. »

Per que m’etz vos tan fers, ni tan salvatge.

    gardien, le Dernier jour de l’année, les Feuilles de Saule, sont d’une heureuse inspiration et méritent de vivre. Voir l’Appendice no IV : Mme Tastu et les Mémoires d’Outre-Tombe.