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MÉMOIRES D’OUTRE-TOMBE

dum teneris. Si ma tante de Boisteilleul était plus discrète, elle avait quinze lustres et demi lorsqu’elle chantait, et le traître Trémigon[1] ne se présentait plus à son ancienne pensée de fauvette que comme un épervier. Quoi qu’il en soit, voici quelques rimes de madame Claude, elles la placent bien parmi les anciennes poètesses :

sonnet lxvi.

Oh ! qu’en l’amour je suis étrangement traité.
Puisque de mes désirs le vrai je n’ose peindre,
Et que je n’ose à toi de ta rigueur me plaindre
Ni demander cela que j’ai tant souhaité !

Mon œil donc meshuy me servira de langue
Pour plus assurément exprimer ma harangue.
Oi, si tu peux, par l’œil ce que par l’œil je dy.

Gentille invention, si l’on pouvait apprendre
De dire par les yeux et par les yeux entendre
Le mot que l’on n’est pas de prononcer hardy !

Lorsque la langue fut fixée, la liberté de sentiment et de pensée se resserra. On ne se souvient guère, sous Louis XIV, que de madame Deshoulières, tour à tour trop vantée et trop dépréciée. L’élégie se prolongea par le chagrin des femmes, sous le règne de Louis XV, jusqu’au règne de Louis XVI, où commencent les grandes élégies du peuple ; l’ancienne école vient mourir à madame de Bourdic, aujourd’hui peu connue, et qui pourtant a laissé sur le Silence une ode remarquable[2].

  1. Voyez au tome Ier, p. 33 (Livre Premier de la Première Partie).
  2. Bourdic-Viot (Marie-Anne-Henriette Payan de l’Étang