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MÉMOIRES D’OUTRE-TOMBE

temps que le comte de Nesselrode m’a dit qu’il n’y avait que ceux qui méconnaissaient les vrais intérêts politiques de la Russie qui pouvaient lui supposer l’intention de vouloir s’établir sur la Méditerranée ; que ce serait, pour ainsi dire, offrir volontairement à l’Angleterre le moyen et le prétexte de saisir un ennemi qu’elle redoute, qui aujourd’hui n’a rien à craindre d’elle, et qui plus tard pourra, sur un autre point, lui porter des atteintes dangereuses.

« Ainsi que j’ai l’honneur de vous le mander dans ma dépêche, il n’y a jamais eu le moindre rapport entre la conduite et le langage de la Russie depuis le commencement de l’insurrection de la Grèce. Le renvoi du comte Capo d’Istria[1], au moment même où les déclarations du cabinet de Saint-Pétersbourg semblaient ne devoir plus laisser ni espérance, ni moyens de prévenir la guerre, a prouvé à la fois le degré d’importance que l’on doit ajouter aux notes diplomatiques les plus énergiques de ce cabinet, et la vérité de l’intérêt qu’il prend à la cause des Grecs.

« Le sang-froid avec lequel on parle aujourd’hui à Pétersbourg du formidable armement préparé contre les insurgés, et qui semble les menacer d’une entière extermination, le soin que l’on met dans les journaux, qui tous se rédigent sous les yeux du gouvernement, à déconsidérer leur cause, à exalter les moyens de leurs ennemis, tout prouve que l’opinion de l’empereur doit être conforme à celle du

  1. Le comte Capo d’istria (1776-1831), ministre des Affaires étrangères en Russie de 1816 à 1822.