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MÉMOIRES D’OUTRE-TOMBE

en Allemagne une portée et une consistance territoriale qu’elle n’avait jamais eue. Pour l’acquérir, Frédéric-Guillaume était prêt à faire abandon à la Russie de la partie prussienne de l’ancien duché de Varsovie.

Les instructions données par Louis XVIII au prince de Talleyrand portaient, au contraire, qu’il devrait tout faire pour obtenir le maintien du roi de Saxe sur son trône. Au moment où les Bourbons rentraient en France, au nom du principe de la légitimité, il était naturel qu’ils défendissent dans la personne du roi de Saxe le principe qui les ramenait eux-mêmes. En outre, ce qu’on reprochait au roi de Saxe, c’était sa fidélité à la France. N’était-il pas de l’honneur du roi de France de prendre en main sa cause ? Enfin, il y avait entre la maison de France et la maison de Saxe des alliances de famille.

Malgré les efforts de la Russie et de la Prusse, ce fut la politique française qui triompha. La Saxe ne devint pas prussienne. Le roi de Saxe conserva ses États.

Talleyrand avait également pour instructions d’obtenir l’éviction de Murat du trône de Naples et la reconstitution du royaume des Deux-Siciles en faveur de Ferdinand de Bourbon. L’intérêt de la France était que ce royaume retournât aux mains d’un descendant de Louis XIV, que la Sicile cessât d’être placée sous le protectorat de l’Angleterre. De plus, le devoir du roi très chrétien devait le porter à défendre contre les convoitises de l’Autriche les légations pontificales, encore occupées par les troupes de Murat et que le cabinet de Vienne voulait s’approprier. Sur ce point encore, Louis XVIII et le prince de Talleyrand eurent gain de cause.

Le royaume des Deux-Siciles fut reconstitué, et, comme le roi de Saxe, les Bourbons de Naples remontèrent sur leur trône.

Là ne devait pas se borner l’action de Talleyrand. Le 6 janvier 1815, la France signa avec l’Angleterre et