Page:Chateaubriand - Mémoires d’outre-tombe t6.djvu/57

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cellence ; un officier bavarois, à Waldmünchen, disait hautement dans l’auberge que mon nom n’avait pas besoin du visa d’un ambassadeur d’Autriche. Ces consolations étaient grandes, j’en conviens ; mais enfin une triste vérité demeurait : c’est qu’il existait sur la terre un homme qui n’avait jamais entendu parler de moi.

Qui sait pourtant si le douanier d’Haselbach ne me connaissait pas un peu ! Les polices de tous les pays sont si tendrement ensemble ! Un politique qui n’approuve ni n’admire les traités de Vienne, un Français qui aime l’honneur et la liberté de la France, qui reste fidèle à la puissance tombée, pourrait bien être à l’index à Vienne. Quelle noble vengeance d’en agir avec M. de Chateaubriand comme avec un de ces commis voyageurs si suspects aux espions ! Quelle douce satisfaction de traiter comme un vagabond dont les papiers ne sont pas en règle, un envoyé chargé de porter traîtreusement à un enfant banni les adieux de sa mère captive !

L’estafette partit de Waldmünchen le 21, à onze heures du matin ; je calculais qu’elle pourrait être de retour le surlendemain 23, de midi à quatre heures ; mais mon imagination travaillait : Qu’allait devenir mon message ? Si le gouverneur est un homme ferme et qu’il sache vivre, il m’enverra le permis ; si c’est un homme timide et sans esprit, il me répondra que ma demande n’étant pas dans ses attributions, il s’est empressé d’en référer à Vienne. Ce petit incident peut plaire et déplaire tout à la fois au prince de Metternich. Je sais combien il craint les journaux ; je l’ai vu à Vérone quitter les affaires les plus impor-