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MÉMOIRES D’OUTRE-TOMBE

nait dans les rues de la capitale, il s’alita pour ne plus se relever. Le dimanche 2 juillet, on lui donna les derniers sacrements. Il reçut le viatique, « non seulement avec sa pleine et parfaite connaissance, mais encore avec un profond sentiment de foi et d’humilité[1]. »

Le lendemain, il dicta à son neveu les lignes que voici :

« Je déclare devant Dieu rétracter tout ce qu’il peut y avoir dans mes écrits de contraire à la foi, aux mœurs et généralement aux principes conservateurs du bien. »

« Paris, le 3 juillet 1848.

« Signé pour mon oncle François de Chateaubriand dont la main n’a pu signer et pour me conformer à la volonté qu’il m’a exprimée.

« Geoffroy-Louis de Chateaubriand[2]. »

Quand cette déclaration fut écrite, le malade se la fit répéter ; puis, il voulut la lire lui-même de ses yeux, et alors, tranquille, l’âme en paix, l’auteur du Génie du Christianisme attendit l’heure de paraître devant Dieu. Il rendit le dernier soupir le mardi 4 juillet. Quatre personnes seulement étaient présentes : son directeur, l’abbé Deguerry, curé de Saint-Eustache, son neveu, une sœur de charité et Mme Récamier[3].

Dans une lettre au Journal des Débats, l’abbé Deguerry — le futur martyr de la Commune — raconta en ces termes les derniers moments du grand écrivain :

« Paris, le 4 juillet 1848.
« Monsieur,

« La France vient de perdre l’un de ses plus nobles enfants.

« M. de Chateaubriand est mort ce matin à huit heures un quart. Nous avons recueilli son dernier soupir. Il l’a rendu en

  1. Souvenirs et Correspondance de Mme Récamier, t. II, p. 563.
  2. Cette pièce a été communiquée par le signataire au R. P. Ponlevoy, qui l’a reproduite dans la Vie du R. P. de Ravignan, t. I, p. 421.
  3. On a dit — et Villemain a répété, dans son volume sur Chateaubriand, — que Béranger était présent à ce dernier moment. C’est une erreur.