Page:Chevalley - Le Roman anglais de notre temps.djvu/35

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Walter Scott créé la marque, établi le succès. Dès lors, aucune année, aucune région ne sera sans romans locaux.

Parallèlement, simultanément, les imaginations, lasses des réalités présentes, du rationalisme exact qui présidaient à la renaissance du roman anglais, se tournent avidement vers le passé — qu’on appelait alors le « gothique », et recherchent à la fois le mystérieux, le surnaturel, et l’exotique, le terrible et l’archaïque. Ce frisson nouveau, Walpole l’annonce dans son Castle of Otranto (1764), William Beckford dans Vathek. Mrs. Radcliffe le propage et l’amplifie dans la série de ses histoires à la chair de poule comme The Mysteries of Udolpho. Lewis et Maturin peuplent de fantômes et de miracles leurs copieux feuilletons.

Entraînée ainsi loin du présent, hors du réel, soustraite à l’analyse intérieure, la génération du début du dix-neuvième siècle était mûre pour le roman romantique qui a le passé pour cadre, et l’extraordinaire pour sujet. Walter Scott pouvait venir.


Sous ce raz d’imagination, le courant d’observation et d’analyse créé par le dix-huitième siècle se perpétue néanmoins, et aboutit, par la fiction domestique de Fanny Burney[1], au roman de Jane Austen. Si le génie plutôt que l’influence, si la valeur du romancier plutôt que le développement du roman, étaient la mesure ou l’objet de ces notes, Jane Austen nous retiendrait plus longtemps peut-être qu’aucun de ses devanciers et successeurs. Il n’est pas sûr qu’aucun écrivain de fiction ait été plus admirablement créateur. Mais sa création, parce qu’elle était en miniature, son œuvre, parce qu’elle tint

  1. Je m’excuse de ne faire que mentionner Fanny Burney. Mais il faut des sacrifices.