Page:Chevalley - Le Roman anglais de notre temps.djvu/43

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qui est de conter, peindre et émouvoir, sans changer son triple moteur : action, analyse, sentiment.

On verra les faiblesses de cette force, les fragilités artistiques de cette architecture, et où conduisirent parfois l’intention didactique, l’intrusion de la doctrine, le besoin de certitude et de stabilité. Ce qu’il faut retenir ici, c’est que le dix-neuvième siècle vit un développement du roman aussi magnifique, aussi soudain en son genre, que le dix-huitième siècle. La reine Victoria n’y fut, pauvre femme, que pour bien peu de chose, et n’y contribua guère que pour appesantir une tendance déjà sensible vers d’impossibles stabilités. Mais son règne a coïncidé avec la splendide effervescence de la fiction moderne, et il est naturel que, dans ce domaine aussi, l’on parle de l’âge de Victoria. Ceux de la reine Anne et de la reine Élisabeth n’avaient rien fourni de comparable.


Dickens, âgé de vingt-cinq ans, arrivait du premier coup à la célébrité quand la reine, âgée de dix-huit ans, montait sur le trône. Thackeray en avait vingt-six, Charlotte Brontë vingt et un, George Eliot dix-huit. Parmi les autres grands romanciers du siècle, Reade, Trollope et Kingsley atteignaient l’âge d’homme, et, dans les rangs de cette admirable génération, George Meredith était entré depuis déjà neuf ans. Thomas Hardy naquit trois ans plus tard. On voit combien simultané fut le développement de la fiction anglaise au dix-neuvième siècle, et à quel point il était exact d’y faire pressentir au début de cette étude une série de mutations soudaines.

Le sentiment humain est ce qu’il y a de positif dans l’inspiration du temps. Il fait sa grandeur et sa force. Mais il se morfond et longtemps s’efface devant un