Page:Choderlos de Laclos - Les Liaisons dangereuses, 1869, Tome 1.djvu/164

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peu de danger, ne soit pas tentée de s’en passer la fantaisie. Il lui explique enfin qu’il n’est pas moine comme la petite le croyait ; & c’est sans contredit ce qu’il fait de mieux : car pour faire tant que de se livrer à l’amour monastique, assurément MM. les chevaliers de Malte ne mériteraient pas la préférence.

Quoiqu’il en soit, au lieu de perdre mon temps en raisonnements qui m’auraient compromise, & peut-être sans persuader, j’ai approuvé le projet de rupture : mais j’ai dit qu’il était plus honnête, en pareil cas, de dire ses raisons que de les écrire ; qu’il était d’usage aussi de rendre les lettres & les autres bagatelles qu’on pouvait avoir reçues ; & en paraissant entrer ainsi dans les vues de la petite personne, je l’ai décidée à donner un rendez-vous à Danceny. Nous en avons sur-le-champ concerté les moyens, & je me suis chargée de décider la mère à sortir sans sa fille ; c’est demain après-midi que sera cet instant décisif. Danceny en est déjà instruit ; mais, pour Dieu, si vous en trouvez l’occasion, décidez donc ce beau berger à être moins langoureux ; & apprenez-lui, puisqu’il faut tout lui dire, que la vraie façon de vaincre les scrupules, est de ne laisser rien à perdre à ceux qui en ont.

Au reste, pour que cette ridicule scène ne se renouvelle pas, je n’ai pas manqué d’élever quelques doutes dans l’esprit de la petite fille, sur la discrétion des confesseurs ; & je vous assure qu’elle paie à présent la peur qu’elle m’a faite, par celle qu’elle a que le sien n’aille tout dire à sa mère. J’espère qu’après que