Page:Choderlos de Laclos - Les Liaisons dangereuses, 1869, Tome 1.djvu/231

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J’ai beau vous lire & vous relire, je n’en suis pas plus avancé : car, de prendre votre lettre dans le sens naturel qu’elle présente, il n’y a pas moyen. Qu’avez-vous donc voulu dire ?

Est-ce seulement qu’il était inutile de se donner tant de soin contre un ennemi si peu redoutable ? mais, dans ce cas, vous pourriez avoir tort. Prévan est réellement aimable ; il l’est plus que vous ne le croyez ; il a surtout le talent très utile d’occuper beaucoup de son amour, par l’adresse qu’il a d’en parler dans le cercle, & devant tout le monde, en se servant de la première conversation qu’il trouve. Il est peu de femmes qui se sauvent alors du piège d’y répondre, parce que toutes ayant des prétentions à la finesse, aucune ne veut perdre l’occasion d’en montrer. Or, vous savez assez que femme qui consent à parler d’amour, finit bientôt par en prendre, ou au moins par se conduire comme si elle en avait. Il gagne encore à cette méthode qu’il a réellement perfectionnée, d’appeler souvent les femmes elles-mêmes en témoignage de leur défaite ; & cela, je vous en parle pour l’avoir vu.

Je n’étais dans le secret que de la seconde main ; car jamais je n’ai été lié avec Prévan ; mais enfin nous y étions six : & la comtesse de P..., tout en se croyant bien fine, & ayant l’air en effet, pour tout ce qui n’était pas instruit, de tenir une conversation générale, nous raconta dans le plus grand détail, & comme quoi elle s’était rendue à Prévan, & tout ce