Page:Choderlos de Laclos - Les Liaisons dangereuses, 1869, Tome 1.djvu/285

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Cependant, si vous avez quelque grand coup à faire, si vous devez tenter quelque entreprise où ce rival dangereux vous paraissait à craindre, arrivez. Il vous laisse le champ libre, au moins pour quelque temps ; peut-être même ne se relèvera-t-il jamais du coup que je lui ai porté.

Que vous êtes heureux de m’avoir pour amie ! Je suis pour vous une fée bienfaisante. Vous languissez loin de la beauté qui vous engage ; je dis un mot, & vous vous retrouvez auprès d’elle. Vous voulez vous venger d’une femme qui vous nuit : je vous marque l’endroit où vous devez frapper, & la livre à votre discrétion. Enfin, pour écarter de la lice un concurrent redoutable, c’est encore moi que vous invoquez, & je vous exauce. En vérité, si vous ne passez pas votre vie à me remercier, c’est que vous êtes un ingrat. Je reviens à mon aventure & la reprends d’origine.

Le rendez-vous, donné si haut, à la sortie de l’Opéra, fut entendu comme je l’avais espéré. Prévan s’y rendit ; & quand la Maréchale lui dit obligeamment qu’elle se félicitait de le voir deux fois de suite à ses jours, il eut soin de répondre que depuis mardi soir il avait défait mille arrangements, pour pouvoir disposer ainsi de cette soirée. A bon entendeur, salut ! Comme je voulais pourtant savoir, avec plus de certitude, si j’étais ou non le véritable objet de cet empressement flatteur, je voulus le forcer, le soupirant nouveau de choisir entre moi & son goût dominant. Je