Page:Choderlos de Laclos - Les Liaisons dangereuses, 1869, Tome 1.djvu/297

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de chez moi. Mes gens m’obéirent : mais la rumeur était grande parmi eux ; ils s’indignaient qu’on eût osé manquer à leur vertueuse maîtresse. Tous accompagnèrent le malencontreux chevalier, avec bruit & scandale, comme je le souhaitais. La seule Victoire resta, & nous nous occupâmes pendant ce temps à réparer le désordre de mon lit.

Mes gens remontèrent toujours en tumulte ; & moi, encore tout émue, je leur demandai par quel bonheur ils s’étaient encore trouvés levés ; & Victoire me raconta qu’elle avait donné à souper à deux de ses amies, qu’on avait veillé chez elle, & enfin tout ce dont nous étions convenues, etc. Je les remerciai tous, & les fis retirer, en ordonnant pourtant à l’un d’eux d’aller sur-le-champ chercher mon médecin. Il me parut que j’étais autorisée à craindre l’effet de mon saisissement mortel ; & c’était un moyen sûr de donner du cours & de la célébrité à cette nouvelle.

Il vint en effet, me plaignit beaucoup, & ne m’ordonna que du repos. Moi, j’ordonnai de plus à Victoire d’aller le matin de bonne heure bavarder dans le voisinage.

Tout a si bien réussi, qu’avant midi, & aussitôt qu’il a été jour chez moi, ma dévote voisine était déjà au chevet de mon lit, pour savoir la vérité & les détails de cette horrible aventure. J’ai été obligée de me désoler avec elle, pendant une heure, sur la corruption du siècle. Un moment après, j’ai reçu de la Maréchale le billet que je joins ici. Enfin, avant cinq heures, j’ai vu arriver, à mon grand étonnement