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LA RÉVOLUTION

contre les royalistes, et Marat, — cet « homme tout dégouttant de calomnie, de fiel et de sang », avait dit Vergniaud à la tribune — depuis que les Roland lui avaient refusé une subvention sur les fonds secrets, les couvrait d’injures dans l’Ami du peuple. Un bas espion, qui connaissait son homme, lui porta un jour les « preuves d’un grand complot girondin » dont Mme Roland faisait partie, bien entendu. Marat se jeta sur l’hameçon et organisa un beau tapage dans son journal. La Convention appela l’épouse du ministre de l’intérieur à sa barre, où elle parut avec tant d’aisance et de naturel que l’Assemblée, charmée par sa vue et conquise par sa parole, lui vota les honneurs de la séance.

Mais ce ne fut là qu’un triomphe d’une heure. Mme Roland avait bien des raisons de prévoir des dangers pour elle et pour les siens. Aussi se décida-t-elle à faire partir sa fille pour le Clos avec Mlle Mignot, l’institutrice en qui elle avait mis une confiance absolue et qui, bassement, s’apprêtait à la trahir[1].

Dans les derniers temps du ministère de Roland, dit Mme Roland,

les conjurations et les menaces s’étaient tellement multipliées que souvent nos amis nous pressèrent d’abandonner l’hôtel durant la nuit. Deux ou trois fois nous cédâmes à leurs instances ; mais ce déplacement m’ennuya et j’observai… qu’il valait mieux, pour l’utilité publique et pour sa gloire personnelle, que le ministre pérît à son poste.

Depuis deux mois, elle « a fait mettre le lit de son mari dans sa chambre, afin de courir les mêmes hasards que lui, et un pistolet chargé est sous sa tête pour qu’elle puisse se soustraire aux indignités des assassins ». Elle refuse de quitter sa maison malgré « les avis qui pleuvent sur sa table », car « on lui fait l’honneur de la haïr ». Ils viennent, à son sens, « du scélérat Danton et de l’hypocrite Fabre ». Elle a beau s’enfermer dans une dignité silencieuse, les pamphlets sortent en foule. « Je suis Galigaï, Brinvilliers, Voisin, tout ce qu’on peut imaginer de plus monstrueux », dit-elle amèrement.

  1. Au procès où elle fut appelée en témoignage.