Page:Claudel - La Messe là-bas, 1919.djvu/26

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Loué soit Dieu qui ne nous a pas permis d’être rien de continu !

Et qui de ce Souffle qu’il a déposé en ce vide qui nous constitue

Nous a forcé de faire une parole vers Lui et nous rouvre inépuisablement

Pour célébrer Cela qui Est le recours à notre néant !

Ah, comme c’est donc fragile, un être humain ! et comme c’est touchant,

Cette voix aveugle qui veut voir et qui est forcée de s’interrompre à tout moment !

Et nous savons que de toute façon Votre grandeur surpasse notre rusticité,

Et que c’est seulement pour nous faire plaisir, et d’ailleurs pour notre utilité,

Que Vous avez fabriqué ce beau soleil dans le ciel comme une lampe qui pend au bout d’un fil.

Mais il y a de nous à Vous sans la voix des chemins plus secrets et plus difficiles.

La souffrance, c’est à nous ! et il a fallu que Vous Vous fissiez un homme pour la connaître.

La guerre continuelle contre tout, cela, c’est notre domaine peut-être !

L’humiliation, c’est pour nous, la trahison de ceux qu’on aime et qui fait pleurer beaucoup !

Le désir insatiable sans rien, c’est pour nous, la misère, c’est pour nous ! la mort, c’est pour nous !

C’est nous qui sommes capables d’avoir faim, ce n’est pas vos Anges !

Cette chose seule nous est commune à Vous et à nous, et ce lien directement au travers de tous vos Anges !