Page:Claudel - La Messe là-bas, 1919.djvu/33

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.



(Et comment parlerai-je de Marie jamais sans que des larmes montent à ma face pénitente ?)

Du pain qui est vraiment du pain et qui nourrit,

De l’eau véritablement qui lave, du feu véritablement qui échauffe, qui éclaire et qui détruit,

Des fautes qui sont vraiment péchés et dont nous sommes un peu là pour répondre,

Un dieu qui s’est fait un homme pour nous et qui est capable d’écouter et de répondre,

Toutes les possibilités du cœur entre lui et nous,

Vivant, Celui qui nous a aimés plus que lui-même, Sauveur, ami, médecin, conseiller, enfant, frère, père, époux !

Et bien que ce soit tellement beau, et que ce soit vrai, et que le Paradis

Soit autour de nous à cette heure même avec toutes ses forêts attentives comme un grand orchestre invisiblement qui adore et qui supplie,

Toute cette invention de l’Univers avec ses notes vertigineusement dans l’abîme une par une où le prodige de nos dimensions est écrit,

Cette préparation à travers tous les siècles du corps et du sang de Jésus-Christ,

Ce Dieu qui a réussi enfin à se faire homme et le Verbe à se faire entendre,

Ce cri d’entre les quatre membres écartelés qui jaillit, ce cœur sur la croix qui se brise dans un suprême effort pour se faire comprendre.

Tout cela pour nous, aux pieds de notre Néant, qui lui demande la permission d’exister,

S’arrêterait devant notre refus et notre mauvaise volonté.