Page:Claudel - La Messe là-bas, 1919.djvu/47

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Lève les yeux et tiens les fixés devant toi, c’est là, et regarde l’Azyme dans la montrance.

Furieux esprit contre la cage, plein de cris et de blasphèmes,

C’est par un autre chemin que nous armerons nos pieds vers Jérusalem.

Tu ne te trompais pas quand tu dévorais les choses ainsi, poète sans le pouvoir du prêtre,

« Ceci est », voici l’une d’elles tout-à-coup qui est capable de servir de voile à l’Etre,

Cet objet entre les fleurs de papier sec, c’est cela qui est la Suprême Beauté,

Ces paroles si usées qu’on ne les entend plus, c’est en elles qu’était la vérité.

Ce qui ressuscitera les morts, la parole, mais est-ce donc qu’elle s’use ou meurt ?

Que le prêtre la profère, il lui suffit de ce pain pour qu’elle demeure.

La Parole qui est l’homme tout entier, cet homme qui est Dieu en même temps,

Nous n’avons qu’à ouvrir la bouche, lui-même pour le recevoir entre nos dents.

Cela qui à notre chair s’est fait chair, la Cause en un corps qui m’est accessible,

Je vois à la fin de mes yeux que la suprême possession est possible !