Page:Claudel - La Messe là-bas, 1919.djvu/65

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LE PAIN BÉNIT




L’endroit de la messe en France que les petits garçons aiment le mieux,

C’est quand l’enfant de chœur à la fin se détache de l’autel et vient vers eux

Avec une grande corbeille pleine de morceaux de pain où il n’y a qu’à prendre.

C’est dimanche, quelqu’un déjà ouvre la porte pour sortir, il y a des masses d’oiseaux qui crient et la terre est grande !

Mais précisément au moment où lui aussi va plonger la main dans le panier,

Avant que, comme Adam dans le Paradis Terrestre, il ait mis ce fruit qu’on lui apporte solennellement dans sa bouche et l’ait mangé,

Qui dira s’il n’est pas un de ces enfants a qui d’un seul coup d’avance vient d’être communiquée toute la vie,

Et qui connaît pour la première fois cet étrange sentiment fait d’expérience préalable et de langueur et d’ennui,

L’idée de quelque chose de meilleur, et de poignant, et de seul désirable,