Page:Claudel - Trois poëmes de guerre.djvu/22

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Glaise réhumectée de l’antique Adam par quoi la terre et l’homme redeviennent comme un seul !

Mais cette conscription et le marquage à la craie comme des bêtes, pour la mort, des enfants, des femmes et des vieillards,

Cet entassement pêle-mêle dans un coin, et tout à coup écumeuse, et toute chaude encore de vie, et fumante par tous les échenaux de l’abattoir,

Comme la grappe sous le madrier, cette sortie impétueuse du sang noir,

Cette vendange affreuse dont on la barbouille et qu’on lui fait boire de force,

Sont des choses dont la terre a horreur, et une œuvre au rebours d’elle-même, et l’amorce

De cette coupe lentement dans son cœur qui remonte vers vous, meurtriers, plus profonde et plus large que votre soif !

Vous qui l’avez ensemencée, oubliez-vous qu’elle conçoit ?

Comme il faut la macération de tout l’hiver et la pensée de trois saisons

Pour que le grain longuement médité germe et