Page:Claudel - Trois poëmes de guerre.djvu/30

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Une espèce de joie pure et simple, une espèce de sérénité,

La foi dans le futur été !

Ce souffle encore incertain dont je sens ma joue caressée,

C’est la France, je le sais !

Ah, qu’elle est douce, car c’est elle ! naïve mais péremptoire,

L’haleine de la Victoire !


Héros, qui avez été versés en masse dans la terre comme du blé,

Froment pur dont l’étroit sillon impassable a été comblé,

Qui flamboie et qui foudroie depuis les Vosges jusqu’à la Mer du Nord,

C’est à vous que va ma pensée, vous surtout dans les pieds des vivants qui êtes les morts !

Est-ce vrai que vous ne verrez pas la victoire ? est-ce vrai que vous ne verrez pas l’été ?

Ô nos frères entremêlés avec nous, ô morts, est-ce vrai que vous êtes morts tout entiers ?