Page:Claudel - Trois poëmes de guerre.djvu/31

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Ô vous qui de vos jeunes corps l’un sur l’autre avez comblé ce noir hiver,

Obscurcis de la rive droite de l’Aisne et de la rive gauche de l’Yser,

Vous qui sans aucun soleil et sans aucune espérance combattites,

Toute pensée autre que l’ordre à exécuter sévèrement interdite,

Autre que de faire ce que le général a dit de faire et de tenir bon,

Soldats de la grande Réserve sous la terre, est-ce que vous n’entendez plus le canon ?

Est-ce que vous n’entendez pas notre ligne enfin qui s’arrache de la Terre et qui avance ?

Est-ce que vous ne sentez pas l’ennemi tout à coup qui a plié un peu et le départ de la Victoire immense ?

Ah, trop longtemps nous les avons tenus avec nous au fond de la funèbre piste,

Cœur contre cœur, corps à corps, dans l’étreinte une seule chose ensemble et le travail de nos muscles antagonistes !

Debout, frères entremêlés, et voyez l’espace libre devant nous, et nos armées