Page:Claudel - Trois poëmes de guerre.djvu/32

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Qui marchent par énormes bataillons dans le soleil et dans la giboulée !

Nourrissez de vos rangs inépuisables notre front fulminant,

Notre peuple qui d’un pas lent et sûr comme l’homme en sabots qui ensemence son champ,

Surmonté de ses oiseaux de guerre et suivi de ses fourgons et de ses convois sur une ligne de neuf cents kilomètres,

Refoule et renfonce dans ses portes peu à peu l’autre peuple qui mord et qui tape encore, mais qui sent son maître !

Comme un puissant fermier de toutes parts qui voit s’avancer la ligne de ses faucheuses,

L’attelage de toutes nos armées tire d’un seul mouvement vers la Meuse,

Et déjà paraissent les forêts, les montagnes et l’horizon germanique !

Ô morts, la sentez-vous avec nous, l’odeur de votre paradis héroïque,

La possession à la fin avec son corps de la chose qu’on vous avait promise,

Le grand assouvissement pour toujours de la terre ennemie que l’on a conquise !