Page:Collectif - Revue canadienne, Tome 1 Vol 17, 1881.djvu/19

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée
15
LES LETTRES CANADIENNES

il mettra « dont le tronc séculaire. » Avec tonnerre, séculaire fournit une rime moins riche que centenaire, mais c’est le mot propre. Or le mot propre vaut mieux que la rime sonore, parce qu’il représente mieux l’idée. Les deux derniers vers, au reste, ne sont là que pour rimer avec les deux premiers.

Voici un autre passage où le vers est sonore et la rime fastueuse. C’est un rapprochement entre le Québec,

Le steamer qu’emportait la roue au vol sonore

et le grand fleuve Saint-Laurent. Ecoutez : —

Vous êtes tous deux rois, étonnante structure,
Et toi, fier Saint-Laurent, fleuve majestueux :
Si l’un est couronné par sa belle nature,
L’autre, voguant drapé dans son architecture,
Est noble comme lui, comme lui fastueux.

En dehors de structure rimant avec nature et architecture, et de majestueux rimant avec fastueux, que trouve-t-on dans cette strophe ronflante adressée au capitaine Labelle ? Du galimatias, « étonnante structure drapée » dans de grands mots.

Les deux vers suivants, pris de La tombe de Cadieux, nous montrent les mêmes qualités de versification, richesse de la rime, et les mêmes défauts de style, pléonasme :

Ah ! c’est que, sous tes flots et dans tes sables mous,
Bien des corps délaissés dorment dans tes remous !

Ces défauts qu’on rencontre assez fréquemment dans Pêle-mêle, appartiennent à l’école plutôt qu’à l’auteur. C’est un tribut que M. Fréchette paie à la Légende des Siècles ; car, outre le talent de faire facilement des vers difficiles, il possède une véritable âme de poète. Il y a du mens divinior chez lui.

Il est un des grands disciples de l’école, et quelques-unes de ses pièces sont en tous points dignes des maîtres.

Mais le malheur c’est qu’il n’est que disciple et que le maître perce partout. Sur toutes ses pièces l’on voit planer confusément l’ombre de Hugo, de Lamartine, de Musset et de Byron. Chaque vers vous rappelle un vers que vous avez lu. Ce n’est pas la même substance, c’en est l’image, le phantasma. Ce n’est pas du plagiat, c’est de l’imitation.