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PETITE CAUSERIE


Du djime robette !… Comment reconnaître le mot caoutchouc, ou même indian rubber, dans ces étranges syllabes !

Ce mot fut pour moi le point de départ de longues réflexions, que je ne communiquerai pas au lecteur, sur l’avenir de la langue française en Amérique, et me rappela cette boutade de Charles Guérin :

« — Ah ça ! dépêchez-vous donc, mon bon monsieur ; vous n’êtes pas smart ce matin. Le garçon de la post-office attend. Il n’a qu’un penny de profit sur chaque lettre, et s’il lui fallait attendre partout aussi longtemps, ça lui ferait un mauvais bargain… »



La langue française en Amérique, elle est sauvée, et sauvée grâce surtout aux Canadiens-français. Depuis quelques années, nous nous efforçons d’en faire disparaître les mots anglais, ce qui est facile, et les tournures anglaises, ce qui est, au contraire, très-difficile. [1]

Les Français de France, qui ne sont pas comme nous sur la défensive, ne nous aident nullement. À peine débarqués à New-York, ils s’emparent de tous les mots anglais qu’ils peuvent saisir et en émaillent leur conversation le plus possible. Le square, le ferry, le boat, le dollar sont constamment sur leurs lèvres ; on voit bien qu’ils n’ont pas, comme nous, un héritage à conserver.

N’oublions pas de reconnaître les nobles efforts des Louisianais pour garder, eux aussi, l’usage de la langue française.

Le développement de la famille canadienne aux États-Unis forme, petit à petit, un lien intellectuel et moral qui réunira un jour la Louisiane à la province de Québec et à l’ancienne Acadie, dont nous constatons en ce moment le réveil. Ce jour-là, l’influence de la race française, en Amérique sera devenu considérable, et nos congénères compteront dans les conseils de l’union américaine comme dans ceux de la « puissance » du Canada.


Québec, décembre 1880. Ernest Gagnon.   
  1. L’abbé Maguire et, après lui, MM. Gingras, Tardivel, l’abbé Caron et Dunn ont signalé le plus grand nombre des anglicismes et des autres incorrections de notre langage dans des opuscules que l’on devrait souvent consulter.