Page:Collins - La Pierre de lune, 1898, tome 2.djvu/227

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découverte intéressante, et alors il serait de la plus grande importance que j’eusse Franklin Blake à ma portée, le cas échéant. J’ai l’intention de lui dire, aussitôt qu’il s’éveillera, qu’il doit revenir avec moi à Londres. Après tout ce qui vient de se passer, puis-je compter sur votre concours dans cette occasion ?

— Certainement ! » dis-je.

M. Bruff me serre la main et quitte la chambre ; Betteredge le suit.

Je m’approche du sofa. M. Blake n’a pas bougé depuis que je l’y ai déposé, et il dort du sommeil le plus paisible sur sa couchette improvisée. Pendant que je le regarde, j’entends qu’on ouvre doucement la porte de la chambre. Miss Verinder paraît sur le seuil dans son joli costume d’été.

« Rendez-moi un dernier service, me dit-elle à voix basse ; laissez-moi le veiller avec vous. »

J’hésite, non par un sentiment exagéré des convenances, mais dans l’intérêt de son repos. Elle s’approche tout près de moi et me prend la main.

« Je ne puis dormir, je ne peux même pas rester tranquille dans ma chambre, fait-elle. Oh ! monsieur Jennings, si vous étiez à ma place, songez donc combien vous désireriez être près de lui, ne fût-ce que pour le regarder. Dites donc oui ! je vous en prie. »

Est-il bien nécessaire d’ajouter que je consens ? Elle va s’asseoir au pied du canapé, et se met à contempler M. Blake, absorbée dans l’ineffable sentiment de son bonheur ; les larmes la gagnent, elle se lève sous prétexte d’aller chercher son ouvrage ; elle l’apporte en effet, mais n’y fait pas un seul point, car elle ne peut quitter des yeux l’objet de sa contemplation, fût-ce seulement le temps nécessaire pour enfiler son aiguille. Je songe à ma jeunesse évanouie, aux yeux si tendres qui eux aussi m’avaient regardé avec amour. Dans la tristesse de mon cœur, je demande des consolations à mon journal, et j’y écris le présent récit.

Nous veillons ainsi en silence : l’un absorbé dans son travail, l’autre perdue dans ses rêves d’avenir.

Les heures se passent, et le sommeil persiste ; l’aube naissante se répand dans la chambre, il ne remue pas. Vers six heures, je pressens le retour de mon mal et, sous prétexte