Page:Collins - Le Secret.djvu/33

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


seigneuriale, nommée Porthgenna-Tower. Elle était située à l’extrémité sud de la façade occidentale.

L’aile du midi consistait elle-même en écuries et en communs devant lesquels se dressait une muraille en ruine, laquelle, remontant du côté de l’est, allait rejoindre à angle droit le pavillon du nord, et complétait ainsi le carré parfait dessiné par l’ensemble des bâtiments.

L’extérieur de ce dernier pavillon, vu des jardins déserts et buissonneux sur lesquels il donnait, prouvait assez clairement qu’il n’avait pas reçu d’habitants depuis bon nombre d’années. Les vitres, en quelques endroits, étaient descellées ou brisées ; en d’autres, enveloppées d’une espèce de boue invétérée, que les pluies et la poussière y avaient successivement épaissie. Ici les volets étaient clos ; ailleurs, ouverts à demi sur leurs gonds rouillés. Le lierre non émondé, les végétations moussues s’échappant des fissures de la pierre, les toiles d’araignée disposées en longs festons, l’amoncellement des rebuts de toute sorte, fers, briques, plâtres, verre brisé, guenilles, débris de toile immonde, au-dessous des fenêtres, compliquaient encore ce poëme d’abandon et de ruine. Toujours abrité du soleil, ce côté du manoir conservait un aspect sombre et froid, qui sentait l’hiver, même en cette belle matinée d’août, tout ensoleillée, par laquelle Sarah Leeson errait dans cette portion des jardins toujours déserte. Perdue dans le labyrinthe de ses propres pensées, elle longeait les plates-bandes depuis longtemps défoncées, et les allées envahies par les herbes parasites. Ses regards glissaient machinalement d’un objet à l’autre. Ses pieds la portaient machinalement sur ce qui restait des traces d’anciens sentiers, sans qu’elle sût où elle allait ainsi.

La brusque révolution qui s’était faite en elle au moment où, dans la nursery, elle avait entendu les paroles du capitaine, poussait son esprit aux résolutions extrêmes, et lui en donnait le courage désespéré. Son pas se ralentissait à mesure qu’elle s’absorbait de plus en plus dans son rêve, et elle finit par s’arrêter à son insu sur un terrain dépouillé, qui jadis avait été une éclaircie soigneusement ménagée entre deux bosquets. De là, l’œil embrassait la longue rangée des appartements ouverts au nord.

« En quoi, pourtant, suis-je obligée à mettre ce papier entre les mains de monsieur ? se disait-elle, lissant et relissant entre ses doigts distraits la lettre froissée. Madame est morte