Page:Collins - Le Secret.djvu/50

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rons de la chapelle. J’avais promis de ne dire le jour à personne. Mon clerc, Thomas, s’y était également engagé. Donc, hormis nous deux, et les deux fiancés, et le père de la demoiselle, le capitaine Treverton, personne au monde ne savait…

— Treverton ! s’écria M. Phippen, tendant à miss Sturch, pour qu’elle la remplît, sa tasse garnie de gingembre râpé… Treverton !… (Assez de thé, chère miss !…) C’est singulier ! je connais ce nom… De l’eau jusqu’aux bords, s’il vous plaît… Dites-moi donc, cher docteur… Merci, merci bien… pas de sucre… il aigrit sur l’estomac… Cette miss Treverton mariée par vous ce matin… Non, je vous remercie, pas de crème non plus… serait-elle de la famille de ce nom, qui réside dans le Cornouailles ?

— Certainement, répondit le ministre. Son père, le capitaine Treverton, est le chef de la famille. Ce n’est pas qu’à présent la famille soit bien nombreuse. Il ne reste plus que le capitaine, Rosamond, et son vieil original d’oncle, Andrew Treverton. Voilà tous les rejetons de cette vieille race… belle race, ma foi, et fort riche… Gens dévoués à l’Église et à l’État… gens comme il faut, c’est tout dire, et…

— Permettez-vous, monsieur, qu’Amélia mange une seconde tartine de marmelade ? » demanda miss Sturch au docteur Chennery, sans se douter le moins du monde qu’elle interrompait un discours digne de quelque intérêt.

N’ayant pas en sa petite cervelle assez de place pour y loger, en attendant le moment favorable pour les en extraire, les idées à exprimer, miss Sturch faisait toute espèce de questions et de remarques au moment même où elles s’offraient à son esprit, sans se préoccuper du commencement, du milieu, ou de la fin des conversations à travers lesquelles elle les lançait au hasard. Elle n’écoutait jamais que les paroles directement à son adresse, bien que sa physionomie exprimât en général l’attention la plus soutenue et la plus bienveillante.

« Oh ! donnez-lui-en tant qu’elle voudra, repartit négligemment le ministre. Si cette enfant veut trop manger, peu importe qu’elle se fasse mal avec de la marmelade ou toute autre chose.

— Ah ! mon bon et brave camarade, s’écria M. Phippen… voyez à quel misérable état je suis réduit, et ne mettez pas cette déplorable insouciance à laisser Amélia fatiguer son jeune estomac. Quel avenir ne se prépare pas la jeunesse qui mange plus qu’il ne faut ! Ce que le vulgaire désigne par le