Page:Collins - Le Secret.djvu/56

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— Oui, répondit le ministre, du vivant de sa femme. Mais, depuis qu’elle est morte, ce qui advint, je crois, en l’année mil huit cent vingt-neuf ; il y a donc, puisque nous sommes en mil huit cent quarante-quatre… Voyons un peu… »

Et le ministre s’arrêta pour compter, regardant du côté de miss Sturch.

« Il y a quinze ans, monsieur, dit aussitôt celle-ci, accompagnant de son plus doux sourire la petite soustraction dont elle s’empressait de faire hommage à son patron.

— Cela va de soi, continua le docteur Chennery. Eh bien ! mistress Treverton est morte il y a quinze ans, et, depuis lors, le capitaine Treverton n’est jamais retourné à Porthgenna-Tower. Bien mieux, Phippen, il saisit la première occasion de s’en défaire ; il vendit bel et bien le domaine, château, mines, pêcheries, tout, pour quarante mille livres sterling.

— Est-ce bien possible ? dit M. Phippen, se récriant… Est-ce que l’air en serait malsain ? L’alimentation, peut-être, est encore difficile dans ces contrées à peine effleurées par la civilisation ?… Mais qui donc acheta ce domaine ?

— Le père de Léonard Frankland, répondit le ministre. Cette vente de Porthgenna-Tower, et les circonstances assez particulières dont elle fut accompagnée, forme, à elle seule, toute une histoire. Si nous faisions un tour de jardin, Phippen, je vous la conterais en fumant mon premier cigare. Miss Sturch, si on me demandait, je suis à deux pas, dans quelqu’une de ces allées… Petites, apprenez-moi bien vos leçons !… Bob, n’oubliez pas que j’ai une canne sous le vestibule et des verges dans mon cabinet de toilette… Allons, Phippen, quittez ce fauteuil de malade… Un tour de jardin, ça ne se refuse pas.

— J’accepterai, cher ami, si vous voulez bien me procurer un parasol et me permettre d’emporter ce tabouret volant, répondit M. Phippen. Je suis trop faible pour supporter les rayons du soleil d’août, et je ne saurais marcher sans m’asseoir de temps à autre… Dès que je me sens fatigué, miss Sturch, j’ouvre ce tabouret pliant, et m’assois n’importe où, sans m’inquiéter le moins du monde de l’air douillet que cela me donne !… Chennery, dès que vous serez prêt, je le suis, moi, prêt à tout, mon bon ami… à la promenade et à l’histoire de cette vente… Vous dites, n’est-ce pas, qu’elle est fort curieuse ?

— J’ai dit qu’il s’y rattachait quelques circonstances dignes d’intérêt, répondit le ministre ; et, quand vous l’aurez entendue,