Page:Collins - Le Secret.djvu/70

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CHAPITRE III.

Le marié et la mariée.


Miss Mowlem vivait modestement à Saint-Swithin-sur-Mer, sous le même toit que sa mère devenue veuve. Au printemps de l’année 1844, mistress Mowlem eut, pour réconforter son cœur au déclin de la vie, le bénéfice d’un petit legs. Ruminant en sa pensée les divers usages auxquels pourrait être employée cette somme, la prudente dame se décida finalement à l’échanger contre un mobilier dont elle garnirait le premier et le second étage de sa maison ; après quoi elle appendrait à la fenêtre de son petit salon du rez-de-chaussée un écriteau annonçant qu’elle avait des appartements à louer. L’été venu, les appartements furent en état, et l’écriteau accroché. Il l’était à peine depuis huit jours, qu’un personnage vêtu de noir venait inspecter les localités, se déclarait satisfait de leur bon aspect, et les retenait pour un mois entier, au nom d’une dame et d’un gentleman récemment mariés, qui viendraient en prendre possession sous quelques jours. Ce personnage en noir, d’aspect imposant, n’était autre que le valet de chambre du capitaine Treverton ; les nouveaux mariés, qui vinrent en effet, au jour dit, prendre possession des appartements retenus, étaient M. et mistress Frankland.

L’intérêt que la vieille mistress Mowlem porta naturellement aux deux jeunes gens, ses premiers locataires, eut un remarquable caractère de vivacité ; mais on l’eût trouvé tiède en le comparant à la curiosité bien plus sentimentale avec laquelle sa fille se mit à observer les mœurs et coutumes des jeunes époux. Dès l’instant où M. et mistress Frankland eurent franchi le seuil de la maison, ils devinrent pour miss Mowlem le sujet de cette étude ardemment assidue qu’un érudit consacre à toute branche nouvelle des connaissances humaines. Chaque fois que dans la journée elle avait un instant de loisir, cette industrieuse et curieuse jeune personne l’employait à grimper l’escalier sur la pointe des pieds, afin de rassembler quelques observations, et à le descendre tout aussi discrètement, pour les aller communiquer à sa mère. Lorsque l’heu-