Page:Collins - Le Secret.djvu/71

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reux couple eut passé huit jours dans la maison, miss Mowlem avait fait un si judicieux emploi de ses yeux, de ses oreilles, et des occasions favorables, qu’elle aurait pu écrire de cette semaine fortunée un journal comparable, pour la minutie des détails, à l’œuvre méritoire de Samuel Pepys[1].

Mais on a beau apprendre, chaque jour amène un besoin, sans cesse accru, de savoir davantage. La lune de miel, observée dans toutes ses phases durant sept journées, laissait encore miss Mowlem en passe de faire bien des découvertes astronomiques. Aussi, le matin du huitième jour, après avoir descendu le plateau du déjeuner, la virginale observatrice, fidèle à ses habitudes quotidiennes, remonta tout aussitôt, à la dérobée, pour aller boire à la source de science, qui était tout simplement le trou de la serrure placée à la porte du salon. Après cinq minutes d’absence, elle redescendit à la cuisine, toute en émoi, respirant à peine, pour communiquer à sa vénérable mère ce qu’elle venait d’apprendre de tout nouveau sur le compte de M. et de mistress Frankland.

« Que croyez-vous qu’elle fait à présent ? s’écria miss Mowlem, les yeux grands ouverts et levant les mains au ciel.

— Rien qui serve, répondit mistress Mowlem avec une promptitude sarcastique.

— Elle est assise sur ses genoux !… Dites donc, mère, vous êtes-vous jamais assise sur les genoux de papa, quand vous fûtes devenue sa femme ?

— Certainement non, ma chère enfant. Quand votre pauvre père m’épousa, nous n’étions, ni l’un ni l’autre, de ces évaporés jeunes gens… et nous savions mieux nous conduire.

— Elle a posé sa tête sur son épaule, continua miss Mowlem avec une agitation toujours croissante, et lui a passé les bras autour du cou, oui, ses deux bras, et si étroitement…

— Ceci, je ne puis le croire, s’écria mistress Mowlem, cédant à un mouvement d’indignation ; une lady comme elle, qui est riche, qui a de l’éducation, et tout, ne se conduit certainement pas comme une femme de chambre avec son amoureux… Ne me dites pas de ces choses !… je ne puis y croire. »

Et cependant rien de plus vrai. Il y avait dans le salon de mistress Mowlem abondance de fauteuils ; il y avait sur la table de ce salon trois beaux volumes reliés : les Antiquités de

  1. Le Dangeau bourgeois de la cour de Charles II, pendant les premières années de la restauration des Stuarts.