Page:Collins - Le Secret.djvu/79

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Je suis fâchée de m’être mise en colère… bien que vous ayez eu tort d’entrer sans frapper… Je n’ai pas voulu vous faire de la peine… et je ne vous dirai plus un mot blessant, pourvu qu’à l’avenir vous frappiez aux portes avant d’entrer… pourvu aussi que vous finissiez de pleurer, maintenant… Allons, finissez, et bien vite, ennuyeuse créature !… Nous ne quittons pas la maison… Nous ne demandons plus ni votre mère, ni la note, ni rien… Si vous vous consolez tout de suite, je vous fais un cadeau… Tenez, mon ruban de cou… je vous ai vue l’essayer hier au soir, quand j’étais étendue sur le sofa de la chambre à coucher, où vous me supposiez endormie… Soyez tranquille, je ne vous en veux pas… Prenez ce ruban… prenez-le comme gage de paix, si vous n’en voulez pas comme cadeau… Prenez donc… c’est-à-dire, non…, ayez la bonté de le prendre… Là, vous voyez, je vous l’attache moi-même… Et, maintenant, une poignée de mains… nous revoilà bonnes amies… Montez vous arranger devant la glace. »

Tout en disant ceci, mistress Frankland ouvrait la porte, et, sous prétexte de geste amical, poussait dehors, par les épaules, miss Mowlem ébahie et confuse. Puis, la porte refermée, elle reprit aussitôt son poste sur les genoux de son mari :

« Eh bien, vous voyez ?… tout est arrangé. Je l’ai renvoyée tout heureuse, avec mon beau ruban vert qui la fait paraître jaune comme une guinée, et laide comme… »

Ici Rosamond s’arrêta court, portant un regard inquiet sur la figure de son mari : « Lenny, lui dit-elle avec un petit accent chagriné, posant sa joue contre celle du jeune homme, est-ce que vous m’en voulez encore ?

— Je ne puis pas vous en vouloir, cher amour… Vous savez bien que cela m’est impossible.

— Je tâcherai, désormais, de ne plus me laisser aller à mes vivacités.

— Je suis sûr que vous le ferez, Rosamond ; mais ne vous en tourmentez pas davantage. Ce n’est pas à vos vivacités que je pensais tout à l’heure.

— Et à quoi donc, cher Lenny ?

— Aux excuses que vous adressiez à miss Mowlem.

— Ne lui en ai-je pas fait assez ?… Je vais la rappeler, si vous voulez. Je lui adresserai un second discours, plein de remords ; je ferai pour elle tout ce que vous me demanderez ; sauf l’embrasser. Oh ! pour cela, je ne le pourrai jamais… Je ne puis maintenant embrasser personne que vous.