Page:Combes - Essai sur les idées politiques de Montaigne et La Boëtie.djvu/55

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l’en déchargeront-ils ? » C’est le vers de Malherbe, d’un contemporain de Montaigne :

Et la garde, qui veille aux barrières du Louvre,
N’en défend pas nos rois.

Montaigne affirmera aussi que les rois sont faits pour le service du peuple, comme le diront plus tard Fénelon et Massillon ; qu’ils ne possèdent rien en propre, et qu’ils doivent tolérer la liberté des peuples.

Montaigne nous apprendra également que le continuel ouvrage de la vie, c’est de bâtir la mort, la expression sublime et toute socratique des devoirs de l’homme et de sa destinée, leçon de patience aussi qu’il veut nous donner. Montaigne prêche la patience, il la prêche sur tous les tons, et il la conseille à la démocratie, parce qu’elle y est plus rare. Il dira au peuple (t. I, p. 108) : « Eh bien, oui, la première pièce de l’équité, c’est l’égalité. » Mais il est gentilhomme ; il passe sur les inégalités apparentes, croit-il, contre lesquelles on crie tant, inégalités de classe, de costume, de condition, de situation, et il faut l’entendre (t. I, p. 322) : « L’inégalité entre les rois et le peuple, entre les petits et les grands, c’est que les grands et les rois doivent marcher les premiers au combat. »

Si l’on veut être en république, Montaigne n’y contredira pas non plus ; il vous dira même : « Restez-y, si c’est dans vos goûts. » Montaigne est l’homme du passé, l’homme du jour et de la veille. Il veut que la veille règle le lendemain, qu’elle survive toujours dans les phases nouvelles, que le fil ne se perde pas, que l’unité demeure dans la variété. Sa politique hait la brusquerie ; elle répare et ne démolit pas, elle aime le progrès dans la perpétuité. C’est la politique de la tradition et de l’habitude. L’habitude semble être tout pour lui, la foi, la durée, la vertu presque. Mais, s’il nous accorde la république, par cela seul que nous y sommes nés, pas plus que La Boëtie il n’y veut le grossier populaire ; il veut être en bonne compagnie. Il conviendra que les gouvernements populaires, c’est-à-dire démocratiques, et n’excluant de l’État que les