Page:Comte - Discours sur l’esprit positif.djvu/73

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et l’esprit d’amélioration, également propres à l’état normal de l’humanité. La tendance correspondante des hommes d’État à empêcher aujourd’hui, autant que possible, tout grand mouvement politique, se trouve d’ailleurs spontanément conforme aux exigences fondamentales d’une situation qui ne comportera réellement que des institutions provisoires, tant qu’une vraie philosophie générale n’aura pas suffisamment rallié les intelligences. À l’insu des pouvoirs actuels, cette résistance instinctive concourt à faciliter la véritable solution, en poussant à transformer une stérile agitation politique en une active progression philosophique, de manière à suivre enfin la marche prescrite par la nature propre de la réorganisation finale, qui doit d’abord s’opérer dans les idées, pour passer ensuite aux mœurs, et, en dernier lieu, aux institutions. Une telle transformation, qui déjà tend à prévaloir en France, devra naturellement se développer partout de plus en plus, vu la nécessité croissante où se trouvent maintenant placés nos gouvernements occidentaux, de maintenir à grands frais l’ordre matériel au milieu du désordre intellectuel et moral, nécessité qui doit peu à peu absorber essentiellement leurs efforts journaliers, en les conduisant à renoncer implicitement à toute sérieuse présidence de la réorganisation spirituelle, ainsi livrée désormais à la libre activité des philosophes qui se montreraient dignes de la diriger. Cette disposition naturelle des pouvoirs actuels est en harmonie avec la tendance spontanée des populations à une apparente indifférence politique, motivée sur l’impuissance radicale des diverses doctrines en circulation, et qui doit toujours persister tant que les débats politiques continueront, faute d’une impulsion conve-