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silhouettes canadiennes

vaient beaucoup au dehors, se maintinrent seuls en bonne santé.

Cet épouvantable hiver avait fort abattu M. de Monts : il voulait abandonner l’entreprise. Les secours d’hommes et de vivres que Pontgravé lui amena de France, au mois de mai, ranimèrent son courage. L’abandon de l’île funeste s’imposait. Mais Pierre de Monts tâtonna. Il aurait voulu s’établir dans un pays chaud et perdit un temps précieux en explorations infructueuses. L’été finissait, quand Champlain et Poutrincourt le décidèrent à transporter sa colonie sur les bords de la baie de Fundy [1], à l’endroit que Champlain avait nommé Port-Royal [2] et jamais choix ne fut plus heureux.

L’immense rade était commode et sûre. De belles rivières traversaient la contrée et la luxuriante végétation sauvage attestait la fertilité du sol. C’était un pays charmant et Champlain disait qu’il ne pensait pas avoir jamais ouï nulle part un si agréable gazouillis et ramage d’oiseaux.

Le lieutenant-général était calviniste, mais suivant la coutume française il fit élever une grande croix ainsi qu’il avait fait dans l’île abandonnée. L’espérance charmait toutes les fatigues, elle entr’ouvrait devant les colons les plus belles perspectives, et catholiques et protestants se mirent à l’œuvre avec entrain.

Les épreuves n’avaient point découragé Louis Hébert. À l’automne, il passa en France, mais pour revenir à Port-

  1. M. de Monts l’avait nommée « Baie Française ».
  2. Aujourd’hui « Annapolis »