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louis hébert

Royal l’année suivante, avec sa femme [1] et ses enfants. À peine était-il de retour, qu’il reprit avec ardeur ses travaux de culture. Pendant que ses amis chassaient ou exploraient la contrée, Louis Hébert abattait, arrachait, plantait, semait, travaillait la terre avec amour et avec joie.

Ce Parisien, agriculteur passionné, avait le sentiment de la nature. La forêt vierge — océan de verdure et de parfums sauvages — l’attirait. Il aimait à y errer, à y étudier la splendide vie végétale, et les indigènes qui le voyaient souvent herboriser, l’avaient surnommé Le ramasseur d’herbes.

Les indigènes de l’Acadie n’étaient point cruels. Ils s’attachèrent vite aux Français, qui les traitaient en égaux, en frères. Ils comprenaient que ces étrangers leur voulaient du bien.

Le baron de Saint-Just, fils de Poutrincourt, avait appris avec une singulière facilité la langue souriquoise. Il la parlait parfaitement et son père lui faisait traduire les instructions des missionnaires et les prières chrétiennes. Le chef Memberton suivait ces catéchismes avec sa famille. Tous écoutaient le jeune interprète avec un profond respect. L’illustre sagamo avait un grand prestige dans le pays et inspirait aux Français une véritable admiration. Âgé de plus de cent ans, il en paraissait à peine cinquante et n’avait rien perdu de sa mémoire, ni de sa vigueur. Sa taille restait

  1. Madame Hébert (Marie Rollet) est la première Française qui ait foulé la terre d’Amérique.