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silhouettes canadiennes

Autour de la maison de notre premier colon, il y avait alors, d’après Sagard, un grand désert. Toutes les semences jetées en terre poussaient drues et hautes. Mais Hébert, si fort, si robuste, ne devait pas jouir du fruit de ses labeurs. Au mois de janvier 1627, il tomba sur la glace et les suites de cette chute le mirent bientôt à toute extrémité.

Ses cruelles souffrances et la vue de la mort ne troublèrent cependant pas la paix de son cœur. Il régla ses affaires avec sérénité et au contentement de tous les siens.

Chez l’héroïque défricheur, il y avait de l’apôtre. « Je meurs content, disait-il, puisqu’il a plu à Notre-Seigneur de me faire la grâce de voir mourir des sauvages convertis. J’ai passé les mers pour les venir secourir plutôt que pour aucun intérêt particulier, et je mourrais volontiers pour leur conversion, si tel était le bon plaisir de Dieu. Je vous supplie de les aimer comme je les ai aimés et de les assister de tout votre pouvoir. Dieu vous en saura gré et vous en récompensera en paradis… Ils sont créatures raisonnables comme nous… Ils peuvent aimer Dieu comme nous. Par vos bons exemples, par vos prières, il faut leur apprendre à le connaître. »

Le Père Le Caron lui administra les derniers sacrements, qu’il reçut avec ferveur. Hébert réunit sa femme et ses enfants autour de son lit et leur recommanda de s’entr’aimer véritablement, de vivre toujours en parfaite union, comme l’ordonne la loi divine.

« Cette vie est courte, dit-il, et celle à venir est éternelle. Je suis prêt d’aller devant Dieu, mon juge, auquel je dois rendre compte de toute ma vie. Priez-le pour moi afin que je sois du nombre des élus. »

Puis, levant la main, il bénit sa compagne de vie, il bénit ses enfants et s’endormit dans la paix du Seigneur. C’était le 25 janvier 1627.