Page:Conan - Silhouettes canadiennes, 1917.djvu/53

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.
48
silhouettes canadiennes

C’est plus de trois ans après leur arrivée à Québec que les Ursulines purent enfin s’établir dans leur monastère de la Haute-Ville.

Ce monastère à trois étages et long de quatre-vingt-douze pieds, passait pour la plus belle maison du pays. Mais il était bien loin d’être terminé. Les planchers de haut n’étaient pas faits. On avait simplement posé des madriers bruts sur les poutres. Et pas de poêles, seulement des cheminées !…

Malgré les grands feux qu’on y faisait, les religieuses pensèrent mourir de froid, pendant le premier hiver, et la Mère Saint-Joseph, si délicate, contracta de graves maladies.

Ses parents n’avaient point tardé à regretter leur héroïque sacrifice. Ce qu’on leur rapportait de la situation de la Nouvelle-France et de la cruauté des indigènes les épouvantait. Ils mirent tout en œuvre pour décider leur fille à repasser en France, mais la souffrance continuelle n’avait point refroidi son ardeur ; toutes les instances, toutes les supplications la trouvèrent inébranlable. « Quand je devrais vivre toute ma vie de la sagamité des sauvages, je ne ferai pas un coup si lâche », disait-elle.

L’évêque de La Rochelle, son oncle maternel, avait résolu de la rappeler quand même, mais ses lettres le touchèrent tellement qu’il la laissa libre.

« Elle désirait avec une sainte passion l’affermissement de la colonie et il lui semblait qu’elle portait dans son cœur tous les Français et, tous les Sauvages. Elle ressentait leurs biens et leurs maux plus que tout ce qui l’eût pu toucher en