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mère marie de saint-joseph

ce monde. Rien ne lui était plus sensible que d’entendre dire que le pays était menacé de quelque désastre qui tendait à sa ruine[1] ».

Alors elle s’offrait à Notre Seigneur pour souffrir et se consumait à ses pieds pour le forcer à faire grâce.

La ruine de la nation huronne lui fit verser des larmes amères. Elle accueillait, avec une compassion qui ne se peut dire, ceux de ces infortunés qui étaient venus se réfugier à Québec et c’était, une chose ravissante, dit Marie de l’Incarnation, de la voir entourée de quarante à cinquante sauvages, tant hommes que femmes et filles, qui l’écoutaient avec une avidité incroyable.

Malgré ses continuelles souffrances, elle gardait rarement le lit. Son courage et sa ferveur lui faisaient trouver la force de dévorer les douleurs de la maladie et les peines du travail. Elle abhorrait l’infirmerie comme un lieu contraire à la mortification. « J’ai une maladie mortelle dont je ne guérirai pas, disait-elle aimablement, quand on la voulait mettre au repos. Ne vaut-il pas mieux mourir un peu plus tôt et servir Dieu fidèlement ? »

Notre-Seigneur, si bon envers ceux qui l’offensent, pouvait-il ne pas reconnaître par des faveurs extraordinaires l’amour héroïque de cette âme admirablement pure et généreuse ? « Si vous saviez quelle a été son intimité avec Jésus-

  1. Lettres de Marie de l’Incarnation.