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silhouettes canadiennes

Cependant, comme elle était très sensée et très humble, elle n’osait trop croire à la réalité de l’apparition.


« Après cette apparition, dit-elle, comme je craignais les illusions, je pensai que si cela était de Dieu, je n’avais que faire de rien porter pour mon voyage. Je dis en moi-même : “ Si c’est la volonté de Dieu que j’aille à Ville-Marie, je n’ai besoin d’aucune chose. »


Il faut bien se souvenir qu’alors le Canada était sauvage, qu’on n’y trouvait rien des nécessités de la vie. Ceux qui venaient s’y établir avaient donc grand soin de se pourvoir de tout. Madame de la Peltrie avait frété un vaisseau de son bagage et de celui des religieuses Ursulines.

Mais au lieu de faire provision de hardes, de meubles, de comestibles, Marguerite se prépara au grand départ en distribuant aux pauvres ce qu’elle possédait. Elle ne garda même pas le peu d’argent qu’elle avait, et quitta Troyes (en février 1653) n’emportant ni blanc ni maille, mais seulement un petit paquet qu’elle pouvait porter sous son bras.

Marguerite Bourgeoys fit le voyage de Troyes à Paris dans la voiture publique, en compagnie de M. Cossard, son oncle, et de Madame de Chuly, sœur de Maisonneuve.

Celle-ci allait dire adieu à son frère. Comme tout le monde à Troyes, elle ignorait le dessein de Marguerite. Ce dessein était resté un profond secret.

Mais une fois en chemin, Marguerite Bourgeoys dit ouvertement qu’elle n’allait à Paris que pour prendre la route du Canada, où elle devait passer avec M. de Maisonneuve.