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marguerite bourgeoys

Chacun crut à une plaisanterie. Madame de Chuly et M. Cossard ne firent que rire du propos. Rendue à Paris, Marguerite pria son oncle de l’accompagner chez un notaire où elle avait, disait-elle, quelques affaires à régler. C’était un acte d’abandon de ses droits à la succession de son père et de sa mère, qu’elle voulait faire en faveur de son frère et de sa sœur.

Il fallut bien que M. Cossard se rendit à l’évidence. Plus affligé qu’on ne saurait dire, il supplia sa nièce de renoncer à son projet. Il lui représenta ce qu’elle devait à sa famille, l’extravagance et la témérité de ce voyage.

Voyant qu’il ne gagnait rien, il se hâta de faire savoir la nouvelle à Troyes.

Marguerite y était aimée et bientôt elle fut accablée de lettres, de supplications et de reproches. Parents et amis s’unirent pour l’arrêter. Madame de Chuly n’était pas moins ardente à la dissuader, à la retenir. Et comme on savait qu’elle avait été refusée au Carmel, on fit des démarches auprès du provincial des Carmes. Ces démarches eurent un plein succès : ce religieux écrivit à Marguerite qu’il la ferait recevoir dans le couvent de son ordre qu’elle choisirait.

Ainsi pressée et tiraillée, Marguerite ne savait plus quel parti prendre. Elle se rendit pourtant à Nantes, où l’on devait s’embarquer, et pendant le voyage qu’elle fit seule, l’héroïne eut à essuyer les humiliations les plus cruelles, les plus étranges affronts. Pour ajouter à tous ses sacrifices, Dieu permettait qu’on la prît pour une personne suspecte,