Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 11, 1839.djvu/318

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Annina lui raconta alors avec assez d’exactitude la manière dont Gino s’était emparé d’elle, cachant seulement les faits qu’il était de son intérêt de ne pas révéler.

— Mais il existe une signora Tiepolo, Annina ?

— Aussi sûr qu’il existe des cousines comme nous. Santa Madre di Dio ! faut-il que des femmes si perfides et si audacieuses aient rencontré une jeune fille aussi innocente que toi ! il aurait mieux valu qu’elles eussent eu affaire à moi. Je suis trop ignorance pour connaître toutes leurs ruses, la bienheureuse sainte Anne le sait ; mais je n’ai pas à apprendre quel est leur vrai caractère.

— Elles m’ont parlé de toi, Annina.

Le regard que la fille du marchand de vin jeta sur sa cousine était semblable à celui que le perfide serpent jette sur l’oiseau qu’il fascine. Mais toujours maîtresse d’elle-même, elle ajouta :

— Pas d’une manière favorable, j’espère ? Je serais désolée d’apprendre que de pareilles femmes aient dit du bien de moi.

— Elles ne sont pas de tes amies, Annina.

— Elles t’ont peut-être dit que j’étais payée par le Conseil ?

— Précisément.

— Rien n’est moins étonnant. Les gens vicieux ne peuvent jamais croire qu’on agisse par conscience. — Mais voici le Napolitain.

— Examine bien ce libertin, Gelsomina, et il t’inspirera autant de mépris qu’à moi.

La porte s’ouvrit, et don Camillo Monforte entra. Il y avait dans ses manières un air de méfiance qui prouvait que ce n’était pas sa femme qu’il espérait déjà rencontrer. Gelsomina se leva, et quoique partagée entre ses premières impressions et l’effet qu’avaient produit sur elle les mensonges de sa cousine, elle resta debout, semblable à une statue de la modestie, attendant que le duc s’approchât. Il fut évidemment frappé de sa beauté et de son air de candeur ; mais il fronça les sourcils en homme qui a pris la résolution de ne pas se laisser tromper.

— Tu désirais me voir ? lui dit-il.

— J’avais ce désir, noble Signore. — Mais… Annina…

— J’entends. En trouvant ici une autre femme, tu as changé d’avis.

— Oui, Signore.

Don Camillo la regarda avec un air d’intérêt et de regret.

— Tu es bien jeune pour un tel métier ! lui dit-il ; prends cet