Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 11, 1839.djvu/356

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— Tu es le fils d’un certain Ricardo Frontoni, un homme bien connu pour avoir volé les douanes de la république, et qu’on croit avoir été banni dans une île éloignée ou puni d’une autre manière.

— Oui, Signore, puni d’une autre manière.

— Tu es gondolier ?

— Oui, Signore.

— Ta mère est…

— Morte ! dit Jacopo, s’apercevant que le secrétaire s’arrêtait pour examiner ses notes.

L’accent profond dont ce mot fut prononcé causa un silence que le secrétaire n’interrompit pas avant d’avoir jeté un regard sur les juges.

— Elle n’était pas accusée du crime de ton père ?

— Si elle l’avait été, Signore, elle est depuis longtemps hors du pouvoir de la république.

— Peu de temps après que ton père eut encouru le déplaisir du sénat, tu quittas l’état de gondolier ?

— Oui, Signore.

— Tu es accusé, Jacopo, d’avoir abandonné l’aviron pour le stylet.

— Oui, Signore.

— Pendant plusieurs années le bruit de tes sanglants exploits s’est répandu dans Venise, et depuis quelque temps aucun individu n’a péri de mort violente sans qu’on t’accusât d’avoir porté les coups.

— Cela n’est que trop vrai, signore secrétaire. Je voudrais que cela ne le fût pas.

— L’oreille de Son Altesse et celle des membres du Conseil n’ont pas été fermées aux plaintes portées contre toi ; elles ont écouté ces bruits avec l’inquiétude qui convient à un gouvernement paternel. Si le sénat t’a laissé libre, c’était simplement pour ne pas souiller l’hermine de la justice par un arrêt prématuré.

Jacopo s’inclina sans parler ; cependant un sourire si expressif brilla sur son visage à cette déclaration, que le secrétaire du tribunal secret qui servait d’organe aux juges courba la tête presque sur son papier, comme s’il eût voulu chercher quelques notes plus attentivement.

Que le lecteur ne revienne pas à cette page avec surprise lors-