Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 11, 1839.djvu/53

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quets brillaient des mêmes couleurs, et les murailles étaient ornées de tableaux ; mais le tout présentait une image plus parfaite du bonheur domestique : les plis des tapisseries et des rideaux tombaient plus négligemment ; les lits étaient faits pour le repos et non pour la parade ; et les peintures étaient de délicieuses copies tracées par quelque jeune amateur dont les loisirs avaient été employés à cette charmante occupation.

La belle personne dont le talent avait donné naissance aux imitations des tableaux divins de Raphaël et à ceux du Titien aux couleurs brillantes, était alors dans ces appartements, s’entretenant avec son directeur spirituel et une personne de son sexe, qui depuis longtemps joignait au titre de parente celui d’institutrice. L’âge de la jeune dame était si tendre, que dans les contrées du nord on eût à peine pensé qu’elle sortait de l’enfance ; mais dans son pays natal, la juste proportion de ses formes et l’expression éloquente de ses yeux noirs indiquaient également la taille et l’intelligence d’une femme.

— Je vous remercie de votre bon conseil, mon père, et mon excellente donna Florinda vous remerciera plus encore ; car vos opinions sont si semblables aux siennes, que quelquefois j’admire les secrets moyens par lesquels l’expérience fait penser de même la sagesse et la bonté sur des matières d’un intérêt personnel si peu important.

Un furtif et léger sourire anima la bouche sévère du carme à cette observation naïve de son ingénieuse élève.

— Tu apprendras, mon enfant, répondit-il, lorsque le temps t’aura donné la sagesse des années, que c’est en ce qui concerne le moins nos passions et nos intérêts que nous sommes le plus habiles à décider avec prudence et impartialité. Bien que donna Maria n’ait pas encore passé l’âge où le cœur est entièrement subjugué, et qu’elle ait encore tout ce qui attache au monde, elle t’assurera de cette vérité, ou je me suis étrangement mépris sur l’excellence de cette raison qui l’a jusqu’ici si bien conduite dans ce triste pèlerinage que nous sommes tous destinés à accomplir.

Quoique le capuchon couvrît la tête du carme qui se préparait à quitter l’appartement, et que son œil pénétrant n’eût point quitté le beau visage de sa pénitente, le sang reflua vers les joues pâles de sa compagne, et sa physionomie trahit de l’émotion à