Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 11, 1839.djvu/66

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Napolitain que revêtu de mon caractère de juge ; mais le service qu’il t’a rendu et ma faiblesse à ton égard m’arrachent ce que tu me demandes.

Donna Violetta reçut cette promesse avec un doux sourire. Elle baisa la main que son tuteur lui tendait comme un gage de sa foi, avec une ardeur qui donna à ce dernier une sérieuse inquiétude.

— Tu es trop séduisante, ajouta-t-il, pour qu’un homme même aussi accoutumé que moi à rejeter des prétentions plus justes puisse te refuser. La jeune et généreuse donna Violette juge les hommes d’après son cœur. Quant aux droits de don Camillo… Mais n’importe… tu le veux ; et l’affaire sera examinée avec cette partialité qu’on reproche si souvent à la justice.

— Vous voulez plutôt dire que vous serez inaccessible aux séductions, mais non pas insensible aux droits d’un étranger.

— Je crains que cette interprétation ne détruise nos espérances… Mais j’examinerai l’affaire… J’espère que mon fils te rend exactement ses devoirs comme je le désire, donna Violetta ? Ce jeune homme n’a pas besoin d’être pressé, je le sais, pour se présenter chez la plus belle personne de Venise. J’espère que tu le reçois avec amitié pour l’amour que tu portes à son père ?

Donna Violette s’inclina ; mais ce fut avec la réserve d’une jeune femme.

— La porte de mon palais n’est jamais fermée au signer Giacomo dans toutes les occasions convenables, dit-elle avec froideur ; Signore, le fils de mon tuteur serait difficilement mal reçu chez moi.

— Je le voudrais plus attentif ; et plus encore, je voudrais qu’il donnât des preuves de son affection… Mais nous vivons dans une ville jalouse, donna Florinda, où la prudence est une vertu du plus haut prix. Si le jeune homme est moins empressé que je ne le désirerais, c’est, soyez-en sûre, par la crainte de jeter des alarmes prématurées parmi ceux qui s’intéressent à la destinée de notre pupille.

Les deux dames s’inclinèrent, et à la manière dont elles s’enveloppèrent de leurs mantilles elles indiquèrent l’intention de se retirer. Donna Violetta demanda la bénédiction de son tuteur, et après cette politesse d’usage et quelques mots d’adieux, donna Florinda et elle se rendirent à leur gondole.