Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 23, 1845.djvu/14

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qu’il est plus honorable pour un nègre d’être libre, que d’être l’esclave d’un autre homme. La loi se propose de vous affranchir tous un de ces jours.

— Ce jour-là, maître, ne jamais venir pour moi ni pour les miens. Le vieux Cupidon lui-même, pas vouloir, bien sûr. M. Van Blarcum vouloir bien aussi épouser Chloé ; mais moi, jamais consentir. Notre famille, trop bonne pour chercher des maris parmi les Van Blarcum.

— Je ne savais pas, Didon, que les esclaves de Clawbonny fussent si difficiles par rapport aux alliances ?

— Très-difficiles, et eux l’avoir toujours été ; moi avoir épousé Cupidon, parce que moi pas avoir trouvé mieux dans la famille ; mais moi pas me marier ailleurs.

— Mais Neb est de Clawbonny, et mon grand ami. J’espère donc que vous y réfléchirez encore. Chloé peut un jour désirer d’être libre ; et la femme de Neb sera libre, dès qu’elle le voudra.

— Moi y penser, maître, comme vous dire, et moi alors venir dire à jeune maître et à jeune maîtresse ce que moi avoir pensé. Eux écouter vieille Didon avant de donner leur consentement.

— Certainement. Chloé est votre fille, Didon, et elle aura toujours pour vous toute espèce de déférence. Jamais nous n’encouragerons des enfants à manquer de respect à leurs parents.

Didon finit par une profonde révérence, comme elle avait commencé, et se retira avec une dignité que Neb et Chloé durent trouver d’assez mauvais augure. Pour moi, je me mis à réfléchir sur la bizarrerie des choses de ce monde. Voilà, me disais-je, des êtres placés sur le dernier échelon de la société, que la nature semble avoir condamnés elle-même à l’abjection, et ils tiennent autant que personne à ces distinctions qui me rendent si misérable, et contre lesquelles certaines personnes, qui croient en savoir plus que tout le monde déclament sans les comprendre, lorsqu’elles ne vont pas jusqu’à nier leur existence ! Ma cuisinière raisonnait, dans sa sphère, comme Rupert raisonnait, comme raisonnaient les Drewett, peut-être même Lucie, pour ce qui me concernait, en un mot comme raisonne le monde. Le retour de Marbre, qui s’était éloigné quand Didon avait commencé à débiter sa harangue, m’empêcha de m’appesantir plus longtemps sur cette étrange coïncidence.

— Maintenant que la vieille a filé tout son loch, reprit mon lieu-