Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 23, 1845.djvu/165

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même avec empressement à effectuer les divers arrangements que nécessitait l’échange des équipages.

Quand tout fut prêt, nous apprîmes que Sennit devait commander la prise. La croisière touchait à sa fin ; la presse avait été des plus productives ; on n’avait plus besoin de ses services, et on ne fut pas fâché sans doute de trouver cette occasion de se débarrasser d’un officier sorti du peuple, dont les manières vulgaires déplaisaient aux jeunes nobles qui servaient avec lui. On lui donna dix matelots et un aide-master nommé Diggins. Dans des circonstances ordinaires, ce dernier dignitaire aurait pu suffire ; mais c’était la première prise que faisait lord Harry ; elle promettait de grands bénéfices si elle était déclarée valable ; et cette raison, ajoutée à celle que nous venons d’indiquer, avait fait donner le commandement à Sennit.

La chasse du matin, la collation, les divers changements à effectuer, avaient employé une si grande partie de la journée, qu’il était quatre heures quand les deux bâtiments mirent à la voile en même temps ; le Rapide, au plus près du vent, avec deux ris pris aux huniers, comme au moment ou nous l’avions vu pour la première fois, pour courir des bordées çà et là, en attendant de nouvelles prises, et l’Aurore, sous des bonnettes, ayant le vent presque en poupe. Quand tout fut prêt, chaque navire partit, dans une direction opposée, du point de l’océan où il était en panne depuis si longtemps, et avec une rapidité qui mit bientôt entre eux une vaste étendue d’eau.

La mortification de me trouver sous les ordres d’un homme comme Sennit m’était presque aussi sensible que la perte de mon bâtiment. Il s’établit dans ma chambre avec l’aide-master, prit également possession de la grand’chambre, et fit tranquillement suspendre son hamac à la place du mien. Comme les caissons étaient fermés avec de bons cadenas, je les laissai faire ; mais je n’en affectai pas moins une grande indignation ; et comme Diggins avait également substitué son lit à la place de celui de Marbre, je dis à Neb de débarrasser un coin dans la cale, et d’y placer nos hamacs. Sennit, en voyant ces préparatifs, s’humanisa un peu. Toutes les provisions étaient sous clef, et il n’aurait pas osé briser les serrures, sans un ordre formel de l’amirauté. Il était donc d’une grande importance pour lui d’être admis à ma table, et il sentit la nécessité de me présenter quelques excuses sur sa conduite cavalière. Il se rejeta sur les usages de la marine, sur