Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 23, 1845.djvu/208

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M. Gallois, bientôt après, vira de bord, dans l’intention évidente de se diriger vers les frégates de sa nation. La corvette en fit autant à l’instant même, portant droit sur ces mêmes navires, déterminée à couper le lougre, dût-elle s’exposer au feu des bâtiments qui le protégeaient. C’était une manœuvre hardie, et qui méritait de réussir par l’audace même et l’intrépidité qui l’avaient fait concevoir.

Il me parut néanmoins que les frégates françaises faisaient très-peu d’attention au lougre. Par une légère déviation de route, il leur eût été facile de le couvrir complètement et de le défendre des attaques de la corvette ; mais, loin de le faire, ce fut dans la direction contraire qu’elles firent un mouvement, comme si elles voulaient se rapprocher des deux bâtiments sous le vent, du côté qui les empêcherait de se mettre entre elles et la terre. Comme aucun des deux partis ne semblait disposé à s’occuper de nous, nous présentâmes nos huniers au vent, et sortîmes du cercle, sans forcer de voiles, regardant comme d’une mauvaise politique d’avoir l’air de nous hâter. En tout cas, il nous eût été difficile de montrer plus d’empressement, puisque nous n’étions que quatre pour augmenter la voilure.

Vers onze heures, les quatre frégates étaient à un peu plus d’une lieue de distance les unes des autres ; l’Aurore pouvait être à une demi-lieue des bâtiments français, et un peu plus loin des navires anglais. Si l’action avait commencé alors, nous aurions été d’un mille hors de la ligne du feu. Curieux de connaître le résultat, je mis en panne un peu plus loin, convaincu qu’après le combat, le parti vainqueur, quel qu’il fût, serait peu disposé à inquiéter un bâtiment neutre, et que je pourrais en obtenir du secours. Il y avait alors peu de croiseurs qui n’eussent à bord des étrangers qu’ils étaient prêts à céder à des navires en détresse. Quant aux explications que je comptais donner, elles dépendaient des circonstances. Si les Français triomphaient, je parlerais de mon affaire avec le Rapide ; si c’étaient les Anglais au contraire, c’est sur ma rencontre avec le Polisson que je comptais m’étendre. Dans l’un comme dans l’autre cas, je ne dirais que la vérité ; seulement il était probable que je m’abstiendrais de dire toute la vérité.

Les frégates françaises commencèrent à amener leurs voiles légères, au moment où nous mettions en panne. Cette manœuvre fut faite gauchement et d’une manière irrégulière, comme s’il y avait peu d’ordre et d’accord à bord. Marbre n’épargna pas les remarques,