Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 23, 1845.djvu/213

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tête ; il était dirigé contre le Prince-Noir, et le boulet arriva probablement à son adresse, car sir Hotham Ward laissa porter immédiatement, sans doute pour éviter d’être enfilé. Les Français en firent autant pour se maintenir en équerre, et les quatre frégates s’avancèrent sur des lignes parallèles, quoique dans des directions différentes, et à une courte encâblure l’une de l’autre. La Désirée lâcha successivement toute sa bordée ; le Prince-Noir la reçut sans riposter, quoique je pusse voir qu’il avait considérablement souffert, surtout dans sa mâture. À la fin, sir Hotham Ward prit la parole à son tour ; il vomit toute sa bordée presque en même temps, et il en résulta un fracas effroyable. La fumée ne tarda pas à cacher son bâtiment, tandis que la Désirée, en s’avançant vers nous, devançait le nuage qu’elle avait formé elle-même.

Le Rapide ouvrit alors le feu sur le commodore français, qui dut riposter vivement, à en juger par le bruit qui retentissait de ce côté. Les quatre frégates ralinguèrent leurs huniers pour ralentir leur marche ; et il y eut un moment où l’on eût dit qu’elles s’arrêtaient sous le dais de fumée qui s’était formé au-dessus d’elles, afin de se faire le plus de mal qu’elles pourraient. Cependant les bâtiments français sortirent bientôt de derrière le rideau, et la cessation de la canonnade annonça qu’ils s’étaient séparés. Je ne vis d’abord guère les navires anglais, à cause de la fumée ; mais leurs adversaires sortirent de la mêlée, toute courte qu’elle eût été, les voiles déchirées, les vergues percées de part en part, et le Cerf avait son mât de perroquet de fougue pendant sous le vent. Presque au même instant, j’entrevis le Prince-Noir qui serrait le vent le plus près possible à travers le sillage de ses ennemis. Le Rapide le suivait à la piste, comme le limier le plus intelligent, plutôt en se rapprochant encore. Bientôt le Prince-Noir vira vent devant ; mais, au milieu de la manœuvre, son grand mât de perroquet tomba, entraînant naturellement avec lui les vergues et les voiles ; c*était un indice que M. Menneval ne plaisantait pas.

Les Français, après ce premier choc avec leurs ennemis, portèrent en route pendant quelques minutes, et nous pûmes les voir occupés activement, mais sans ordre, à enlever les débris, à bosser les huniers, en un mot, à réparer les avaries. Le Cerf, lui, avait fort à faire à cause de son mât de fougue qui se balançait d’une manière effrayante. Il parvint enfin à s’en débarrasser ; et, dix minutes après