Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 23, 1845.djvu/236

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dire la plus vague. Quant aux particularités de sa profession, il ne s’en était jamais beaucoup inquiété. Étant jeune, il avait fait sans doute beaucoup de voyages sur mer, mais c’était à bord de vaisseaux de guerre, où les cordages étaient placés dans ses mains par le maître d’équipage, et où il n’était qu’une machine obéissant à l’impulsion de son supérieur.

Je sentis que la sonde serait un guide beaucoup plus sûr que Michel, et voyant quelques brisants en terre de nous, je fis carguer le grand hunier, et venir au lof, avant que le bâtiment perdît son aire. Pour ce qui était de hisser et de haler, nos Irlandais ne s’en tirèrent pas mal, dès qu’on leur eut montré comment il fallait s’y prendre ; ce qui nous permit, à Marbre et à moi, de nous tenir chacun près d’une des bosses-de-bout. Nous avions déjà fait penaud, et il ne restait qu’à laisser tomber les deux ancres. Neb était au gouvernail, avec ordre de bosser les câbles quand ils seraient filés. Dès que j’eus crié : mouille ! les deux ancres tombèrent en même temps sur vingt-deux brasses d’eau. Les câbles filèrent avec une telle impétuosité, que je crus qu’ils allaient nous échapper ; mais alors nous avions tous couru aux bosses, et nous parvînmes à les bosser, lorsque nous avions encore vingt brasses de câble à bord. Il ne restait plus qu’à carguer le grand hunier, ce que nous fîmes à l’instant.

Michel et ses compagnons nous souhaitèrent alors bon voyage, et reçurent les guinées. La mer était déjà si mauvaise, qu’ils n’avaient plus d’autre moyen de descendre dans leur bateau que de se laisser glisser de l’extrémité du gui de brigantine. Je m’efforçai de décider deux ou trois d’entre eux à rester avec nous, mais j’en fus pour mes frais d’éloquence. Ils étaient tous mariés, et leur genre de vie les mettait assez à l’abri de la presse, tandis que, si on les trouvait au large, quelque bâtiment de guerre pourrait fort bien se les approprier ; et les histoires que Michel racontait du temps passé ne leur donnaient nulle envie de passer par les tribulations qu’il avait éprouvées.

Nous étions donc abandonnés de nouveau à nos propres ressources. J’avais expliqué à Michel le besoin que nous avions de bras ; la presse, des accidents de diverse nature, nous avaient enlevé successivement tout notre équipage, lui avais-je dit, et il me promit de décider quatre ou cinq jeunes Irlandais à venir nous joindre, dès que l’ouragan serait calmé, à condition qu’après avoir déposé notre cargaison à Hambourg, nous les conduirions aux États-Unis. Ce ne