Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 23, 1845.djvu/268

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l’air le plus respectable, en petit uniforme de commandant, me reçut les bras ouverts, avec une franche cordialité.

— Soyez le bienvenu à bord du Breton, me dit-il vivement. Je remercie Dieu de m’avoir mis à même de vous secourir. Il y a sans doute peu de temps que votre bâtiment s’est perdu, car vous ne paraissez pas avoir souffert. Quand vous serez reposé, je vous serai obligé de m’apprendre le nom de votre bâtiment et les particularités du désastre. C’est sans doute pendant la dernière tempête qu’il a eu lieu. On ne saurait croire tous les ravages qu’elle a faits le long des côtes. Je vois que vous êtes Américains, et que votre chaloupe a été construite à New-York ; mais les hommes qui sont dans la détresse sont tous des compatriotes.

On n’aurait pu désirer une réception plus bienveillante. Tant que je restai avec le capitaine Rowley, — c’était le nom de cet officier, — il fut toujours le même à notre égard. J’aurais été son fils qu’il n’aurait pu me traiter avec plus de bonté. Il me fit partager sa chambre et asseoir à sa table. Je lui racontai en peu de mots ce qui nous était arrivé. Je ne crus pourtant pas nécessaire de parler de notre rencontre avec le Rapide. Je me bornai à lui dire la manière dont nous avions échappé à un corsaire français, et je le laissai libre de conclure que c’était dans cette occasion que le reste de mon équipage m’avait été enlevé. Ma réserve au sujet de l’autre capture n’étonnera personne ; c’était une nécessité de ma position.

Dès que j’eus fini mon histoire, que j’abrégeai le plus possible, le capitaine Rowley me serra de nouveau la main et me répéta que j’étais mille fois le bienvenu. Marbre fut recommandé à l’hospitalité des lieutenants, Neb aux soins des domestiques de la chambre. On tint un moment conseil au sujet de la chaloupe ; il fut décidé qu’on l’abandonnerait, après en avoir retiré ce qu’elle contenait, le Breton n’ayant point de place pour l’arrimer. Du passavant je jetai un triste regard sur ce dernier débris de l’Aurore. C’était plus de quatre-vingt mille dollars que la mer m’enlevait en engloutissant ce navire et sa cargaison !